
Causalité atemporelle (n. f.) — Un mode de causalité dans lequel la relation de cause à effet transcende la séquence temporelle linéaire, de sorte que la cause et l’effet ne sont pas liés par l’ordre chronologique. Dans ce cadre, la causalité opère en dehors ou au-delà du temps, permettant aux effets d’influencer les causes rétroactivement et aux causes d’être simultanément présentes avec leurs effets. La causalité atemporelle est caractéristique d’une ontologie temporelle non linéaire, récursive ou participative — telle que l’aion du Nouveau Testament — où l’action et la révélation divines se déploient au sein d’un « maintenant » éternel, intégrant le passé, le présent et le futur en un événement unique et cohérent. Ce concept remet en question les compréhensions mécanistes conventionnelles de la causalité qui supposent une préséance et une succession temporelles strictes, proposant à la place une interpénétration dynamique des moments temporels dans une unité soutenue par l’amour divin (agape) et la transcendance.
La différence entre un cadre circulaire aonique et une « linéarité » est que dans une réalité linéaire, il n’y a qu’un « point » en perpétuel changement sur une ligne temporelle, et il ne cesse jamais de changer d’état. Il n’y a pas de début, et il n’y a pas de fin. Pour une ligne linéaire, vous n’avez pas d’importance. Vous existez à peine. En fait, vous n’existez pas vraiment du tout. Vous êtes extérieur et jetable. Vous n’êtes pas. La réalité linéaire est un schéma maudit du type « le temps, c’est de l’argent » ou « vivre l’instant présent », car tout ce qui existe, c’est l’instant. Il ne peut jamais y avoir de repos. Dans un cadre circulaire cependant, il y a un sens propre, une autodétermination et, mieux encore, un réel potentiel de complétude et de perfection. Un vrai repos. En d’autres termes, non seulement vous comptez et existez, mais vous êtes essentiel au Tout.
N’importe quel enfant peut faire la différence entre un cercle et une ligne. Ce sont des idées immuables. Néanmoins, l’exemple classique de Jacques 3:6 montre que les érudits ont décidé de traduire un « cercle » par une « ligne » :
τὸν τροχὸν τῆς γενέσεως
la roue de la genèse
Dans chaque traduction moderne, y compris la KJV, cela est rendu par « le cours de la vie » ou « le cours de la nature ». Même les traductions littérales (YLT, LSV, LITV, BLB), à l’exception de celle de Julia Smith, traduisent cela comme un cours linéaire. Le cours de la vie est un idiome compris comme un concept linéaire où le modèle sous-jacent est celui d’une causalité temporelle linéaire. Les événements se déroulent en séquence. La naissance précède l’enfance, qui précède l’âge adulte, qui précède la mort ; dans la nature, la graine précède la croissance, qui précède le déclin. La séquence s’exécute dans une seule direction. Elle ne permet pas de retour au point de départ, seulement un mouvement vers l’avant. Les étapes antérieures génèrent ou conditionnent les suivantes. L’enfance mène à l’âge adulte, les semailles mènent à la récolte, la cause mène à l’effet. C’est pourquoi en anglais (et dans ses sources latines), « course » ne signifie pas seulement « le temps qui passe » mais « le temps qui se déploie de manière ordonnée et directionnelle » — comme le courant d’une rivière ou une piste de course. Mais une roue est circulaire et tournante. C’est l’une des meilleures illustrations de la différence entre ce qui est écrit et le biais interprétatif qui a prévalu dans deux mille ans de traductions. On l’appelle souvent « équivalence dynamique ». Pourtant, comment une progression linéaire est-elle dynamiquement équivalente à un cercle tournant ? N’importe qui peut voir comment cela affecte radicalement le résultat de ce qui est conceptualisé par le lecteur. Ce n’est pas négligeable. Je crois que la différence entre les lignes et les cercles s’apprend à l’école maternelle, si je ne m’abuse.

Pourquoi l’hébreu s’écrivait-il de droite à gauche ?
Le sens de l’écriture de droite à gauche provient principalement de l’écriture hébraïque phénicienne (c. 1050 av. J.-C.), les racines de l’hébreu biblique maintenues à travers le paléo-hébreu jusqu’à l’écriture carrée dérivée de l’araméen encore utilisée aujourd’hui. Peut-être cela a-t-il été fait ainsi pour des raisons pratiques, pour ciseler les lettres avec le marteau dans la main droite. D’un autre côté — sans mauvais jeu de mots — les prophètes avaient beaucoup à dire comme venant du Côté Droit. La « droite », le « devant » et l’« est » sont tous des mots qui encodent l’avant du temps pour les prophètes. Les prophètes étaient passés maîtres dans l’art d’encoder les choses en énigmes, mystères et paroles obscures. Cela ne plaît pas particulièrement à tout le monde, et c’est parfois frustrant au point que l’on recourt à des voies tortueuses pour tenter d’en extirper les secrets (ex. les Philistins avec Samson). C’était la manière des prophètes hébreux. Ils n’écrivaient pas pour les sales escrocs, ils voulaient écrire pour les Justes. Ainsi, pour eux, « l’Orient » et « le Côté Droit » étaient « le Futur » et leur source d’illumination, de vision et de connaissance. Pour eux, il ne s’agissait pas d’enregistrer ce qu’ils entendaient ou voyaient. Ils entendaient transmettre la vérité et la connaissance vers l’arrière. Ce qu’ils entendaient était une « voix » préexistante venant de loin devant. De là, d’autres dictons ont été encodés, tels que « que celui qui a des oreilles entende ». Si l’on est sourd au sens prophétique, on ne peut rien entendre de ce qui vient d’en avant. Peut-être son oreille droite a-t-elle été coupée ? Dans ce cas, tout ce que l’on est capable d’entendre, c’est « au commencement » loin, très loin derrière, et non « dans la tête/au sommet » là-bas devant.
Si un livre de vie est vivant et actif, en direct et en temps réel, vous y jouez un rôle intégral. Un tel livre serait facile à décider et à appliquer, car il n’y aurait pas de zone grise, même dans le point le plus infime. C’est soit vivant, soit mort. D’un autre côté, si un tel livre existait et était dissimulé, transformé en une zone grise obscurcie, complètement déroulé et aplati dans des cadres linéaires temporels qui n’ont jamais été prévus, eh bien, tout reste à voir, et même cela devient une partie de sa propre histoire vivante et de son témoignage…

Résumé
L’hébreu biblique, une langue souvent marginalisée dans les typologies linguistiques en raison de son absence de temps et de son système de cas rudimentaire, pourrait en fait représenter une architecture grammaticale profonde d’une conscience temporelle alternative. Lorsqu’il est analysé à travers le prisme de la théorie du langage aonique — un modèle linguistique spéculatif fondé sur la temporalité de Möbius, la récursion causale et la topologie d’événements non linéaires — l’hébreu n’apparaît pas comme primitif, mais comme prototypique. Cet article propose que l’hébreu biblique fonctionne comme une langue proto-aonique : une écriture de l’éternel retour, de la réflexivité causale et de l’agence narrative atemporelle. En s’appuyant sur la morphologie verbale aspectuelle, la récursion syntaxique et l’absence d’accusatif de temps/lieu bien documentée par Theophile Meek (1940), nous soutenons que la Bible hébraïque est structurellement conçue pour être un texte de Möbius « vivant et efficace » — conçu non pas pour enregistrer l’histoire, mais pour mettre en acte la réalité sacrée en temps réel.
1. Le temps plié : La prémisse aonique
Le langage aonique théorique présume une structure temporelle qui n’est pas linéaire mais bouclée, pliée ou récursivement enchevêtrée. Les événements ne progressent pas le long d’une ligne temporelle mais émergent de matrices causales entrelacées. Sous un tel paradigme, la grammaire doit :
-
Abandonner le temps au profit de la topologie de l’événement
-
Remplacer les pronoms fixes par des multiplicités temporelles
-
Supplanter les coordonnées spatiales par des zones de résonance
-
Encoder l’agence comme étant distribuée à travers le temps
Cette grammaire produit un langage capable d’articuler des récits de type Möbius, où l’identité, l’action et la causalité ne peuvent être situées temporellement sans distorsion. Cette caractéristique sous-tend les difficultés perpétuelles à construire une séquence strictement chronologique — plus célèbrement dans le Livre de l’Apocalypse — où les tentatives d’arrangement linéaire dénaturent inévitablement la structure récursive du texte. L’hébreu, comme nous allons le démontrer, anticipe étonnamment cette logique même, encodant une dimension atemporelle dans ses systèmes participiaux et aspectuels.
2. Architecture aspectuelle : Le temps sans temps
L’étude des temps et des modes dans la syntaxe hébraïque a historiquement été négligée, comme le notent Bruce K. Waltke et M. O’Connor dans Biblical Hebrew Syntax. Ils soulignent que « la question des temps et des modes, qui est à la fois la plus importante et la plus difficile de la syntaxe hébraïque, a été négligée par les grammairiens anciens » (§111(2), p. 354), les premiers exégètes et traducteurs s’appuyant davantage sur l’intuition que sur une compréhension précise de ces formes. Cette négligence provenait d’un manque d’analyse systématique, laissant les formes temporelles dans les sections poétiques être utilisées de manière « plutôt aléatoire » (§111(2), p. 354), révélant une lacune dans l’engagement académique précoce qui persiste comme un défi.
Aucune satisfaction
Aujourd’hui encore, la complexité des temps et des modes hébreux reste un obstacle redoutable, Waltke et O’Connor reconnaissant la difficulté d’atteindre la précision. Ils observent que « de nombreuses formes qui sont difficiles, voire impossibles à expliquer de manière satisfaisante » (§111(2), p. 354) persistent, particulièrement dans les contextes poétiques, et malgré leurs efforts, les auteurs admettent les limites de la résolution complète de ces questions.
Wilhelm Gesenius (1786–1842), souvent salué comme le « maître » de la grammaire hébraïque, n’a pas reconnu la nature fondamentalement aspectuelle (plutôt que strictement temporelle) des formes verbales dites « imparfait » et « parfait », leur attribuant ainsi d’inexplicables « phénomènes particuliers » lorsqu’elles défiaient une interprétation purement temporelle. En imposant une logique temporelle au texte, il a par inadvertance obscurci l’atemporalité inhérente à ces formes :
L’utilisation des deux formes temporelles… n’est nullement limitée à l’expression du passé ou du futur. L’une des particularités les plus frappantes de la consécution hébraïque des temps est le phénomène selon lequel, pour représenter une série d’événements passés, seul le premier verbe se trouve au parfait, et la narration se poursuit à l’imparfait. Inversement, la représentation d’une série d’événements futurs commence par l’imparfait et se poursuit au parfait. Ainsi dans 2 R 20, En ces jours-là, Ézéchias fut malade à la mort (parf.), et Ésaïe… vint (impf.) vers lui, et lui dit (impf.), &c. D’autre part, Es 7, le Seigneur fera venir (impf.) sur toi… des jours, &c., 7, et il arrivera (parf. וְהָיָה) en ce jour-là…
Ce progrès dans la séquence du temps est régulièrement indiqué par un et prégnant (appelé wāw consécutif)…
(Gesenius, Hebrew Grammar §49.)
Ce que Gesenius appelle un « progrès dans la séquence du temps » est mieux compris comme une progression d’événements de discours au sein d’un monde narratif. Le vav-conversif (ויהי, ויאמר, etc.) est moins un marqueur de temps qu’un opérateur structurel qui réaligne l’aspect du verbe pour poursuivre une séquence narrative. Il maintient également la cohésion thématique au sein d’un cadre de réalisation (pour l’imparfait à vav-conversif) ou de projection (pour le parfait à vav-conversif).
En tant que tel, le soi-disant « changement » de temps est une stratégie de discours, et non une expression grammaticale du temps linéaire.
Imposer un modèle temporaliste — le passé menant au futur, ou vice versa — est une erreur de catégorie fondée sur des présupposés indo-européens. C’est une distorsion herméneutique, pas un fait linguistique. Presque tous les hébraïsants se conforment par défaut à ce cadre, souvent parce qu’aucune alternative viable ne semble disponible. Si la structure verbale en hébreu encode une ontologie récursive (les événements sont réalisés par la parole, le récit et la participation), alors réduire cela à une simple chronologie efface la grammaire récursive sacrée.
L’hébreu biblique fonctionne notoirement sans temps grammatical (Gesenius, Hebrew Grammar/106). Au lieu de cela, il distingue les actions accomplies (qatal) et inaccomplies (yiqtol). S’il s’agit d’une langue éternelle avec un aspect topologique éternel, nous devons comprendre chaque binyan non pas simplement comme des catégories grammaticales mais comme des transformations fonctionnelles de l’agence et de la causalité au sein d’une boucle de rétroaction linguistique. Chaque binyan modifie le vecteur de l’action, l’emplacement de l’agence et la direction de la récursion dans la structure de l’événement.
Nous traitons chaque binyan comme une fonction morpho-causale appliquée à une racine verbale (√), transformant le flux de l’agence et la participation du sujet/objet dans la boucle acte-événement.
- Qal (קל) — F(x) → Action de base
- Fonction :
F(x) = x - Agence : Directe, sans fioritures.
- Causalité : L’action linéaire s’écoule directement de l’agent vers l’objet/l’acte.
- Participation : Externe : Le sujet initie ; l’objet reçoit.
- Vue aonique : Le niveau de base de l’instanciation causale. Un seul pli de la boucle.
- Ex. שבר (shāvar) — « il a brisé [quelque chose] »
L’acte est, tout simplement.
- Fonction :
- Niphal (נפעל) — Fonction d’auto-repliement
- Fonction :
F(x) = x(x) - Agence : Le sujet subit l’action sur lui-même ou est affecté passivement.
- Causalité : L’agent devient le récipiendaire de son propre acte.
- Participation : Interne : La boucle se referme sur soi.
- Vue aonique : L’événement est récursif dans le soi. L’acte boucle sur le sujet ; celui qui fait et celui qui reçoit fusionnent.
- Ex. נשבר (nishbar) — « il a été brisé »
L’agent et le patient convergent. L’acte revient.
- Fonction :
- Piel (פעל) — Fonction amplifiée ou répétée
- Fonction :
F(x) = xⁿ - Agence : Intensifiée, délibérée ou répétée.
- Causalité : L’agent amplifie l’acte au-delà des limites normales.
- Participation : Externe, mais étendue en force ou en portée.
- Vue aonique : Rétroaction résonnante — la récursion s’approfondit. L’acte résonne plus fort ou plus vigoureusement.
- Ex. שבר (shibber) — « il a fracassé »
L’acte résonne, il ne se produit pas seulement.
- Fonction :
- Pual (פועל) — Passif de la fonction amplifiée ou répétée
- Fonction :
F(x) = (xⁿ)* - Agence : Absorbée d’un amplificateur externe.
- Causalité : L’objet est façonné par un acte externe intensifié.
- Participation : Objet verrouillé dans la boucle résonnante de l’action.
- Vue aonique : Harmoniques passives — être l’objet de la boucle intensifiée.
- Ex. שבר (shubbar) — « il a été fracassé »
Écho reçu ; forme brisée.
- Fonction :
- Hiphil (הפעיל) — Fonction d’opérateur causal
- Fonction :
F(x) = cause(x) - Agence : Le sujet initie un acte de second ordre.
- Causalité : Le sujet fait en sorte qu’un autre accomplisse un acte.
- Participation : Méta-agent ; insertion de la volonté dans une autre boucle.
- Vue aonique : La boucle initie une nouvelle boucle — une récursion générative.
- Ex. השביר (hishbir) — « il a fait briser »
L’agent écrit une boucle dans une autre.
- Fonction :
- Hophal (הפעל) — Passif de l’opérateur causal
- Fonction :
F(x) = caused(x) - Agence : Le sujet est le résultat du Hiphil de quelqu’un d’autre.
- Causalité : L’acte se produit comme une opération récursive imbriquée.
- Participation : Passif mais au sein d’une boucle active.
- Vue aonique : Le résultat d’une causalité récursive ; nœud passif dans une boucle imbriquée.
- Ex. השבר (hoshbar) — « il a été amené à être brisé »
L’agent disparaît ; la récursion demeure.
- Fonction :
- Hithpael (התפעל) — Fonction récursive réflexive
- Fonction :
F(x) = x↻x - Agence : Le sujet agit sur lui-même sous une forme structurée ou rituelle.
- Causalité : Réflexivité bouclée avec intention ou rythme.
- Participation : Implication totale de soi dans un schéma intériorisé.
- Vue aonique : Le sujet récursif ; l’acte de devenir via un miroir interne. L’action se replie de manière répétée sur le soi, formant une boucle rituelle.
- Ex. התאשש (hit’oshash) — « il s’est montré homme » (Ésaïe 46:8)
La boucle sanctifie sa propre forme.
- Fonction :
| Binyan | Fonction | Agence | Type causal | Rôle aonique |
|---|---|---|---|---|
| Qal | F(x) = x |
Directe | Linéaire | Action racine |
| Niphal | F(x) = x(x) |
Réflexive/Passive | Intériorisation récursive | Boucle sur soi |
| Piel | F(x) = xⁿ |
Intensifiée | Expansion résonnante | Intensification récursive |
| Pual | F(x) = (xⁿ)* |
Passif (Piel) | Réception résonnante | Causalité en écho |
| Hiphil | F(x) = cause(x) |
Causative | Initiation de boucle imbriquée | Créateur de boucles récursives |
| Hophal | F(x) = caused(x) |
Passif (Hiphil) | Récursion passive imbriquée | Récipiendaire d’acte intégré |
| Hithpael | F(x) = x↻x |
Réflexive/Réciproque | Auto-récursion ritualisée | Boucle auto-générative (rare Hishtaphel comme auto-dégénérative) |
L’absence d’accusatif de temps et de lieu n’est pas une déficience — c’est une réorientation topologique. Les actions en hébreu ne sont pas ancrées dans le passé ou le futur, mais dans des états de complétude au sein d’un collecteur causal. Un verbe qatal peut apparaître dans des contextes futurs, tandis qu’une forme yiqtol peut invoquer une prophétie passée — parce que la réalité grammaticale est aspectuelle, et non chronologique.
Cela reflète les marqueurs d’événements aoniques tels que :
-
⊛ (« causalité bootstrap »)
-
∴ (« conséquence structurelle »)
-
∞ (« coexistence éternelle »)
Le Niphal comme véritable voix moyenne
Les verbes hébreux ne disent pas quand quelque chose arrive. Ils disent comment l’événement participe à la boucle plus large du récit divin. En dehors d’un cadre aonique, la fonction des verbes s’effondre et devient très difficile à comprendre. Par exemple, Gesenius a noté que les grammairiens plus anciens catégorisaient le Niphal simplement comme le passif du Qal (ex., שָׁבַר « il a brisé » → נִשְׁבַּר « il a été brisé »). Mais cette analyse réduit les dimensions réflexives et récursives à un passif linéaire de style indo-européen — imposant une structure étrangère à la morphologie sémitique. Gesenius reconnaissait déjà qu’il s’agissait d’une erreur de catégorie. Il observait :
« Le Niphʿal n’a, à aucun égard, le caractère des autres passifs. »
En fait, il fait appel à l’arabe (ʾinqataʿa) pour montrer que les langues sémitiques conservent une catégorie pour les structures moyennes réflexives distinctes des simples passifs. Il note une priorité réflexive :
« Bien que l’usage passif du Niphʿal ait été introduit à une période précoce… il est néanmoins tout à fait secondaire par rapport à l’usage réflexif. »
Cela place la réflexivité au cœur de la logique du Niphal — précisément en accord avec notre interprétation selon laquelle le Niphal incarne une structure de retour en boucle : l’agent étant à la fois celui qui fait et celui qui reçoit. Dans le modèle aonique, le Niphal marque la première déviation par rapport à la temporalité linéaire et à l’agence externe (Qal). Il introduit le pliage — où l’action boucle sur le sujet :
| Qal
: Acte accompli → objet |
| Niphal : Acte accompli → revient à l’agent |
Cette boucle commence le processus d’intériorisation, qui s’approfondit à mesure que nous avançons dans les binyanim (Piel → Hithpael). La confusion des premiers grammairiens n’est pas seulement taxonomique ; elle provient d’une lecture erronée plus profonde : ils ont imposé une causalité linéaire à une structure grammaticale non linéaire et ont cherché à assigner une chronologie là où la grammaire encodait une récursion. Le Niphal occupe un espace grammatical qui manque généralement aux grammaires indo-européennes — une véritable voix moyenne qui n’est ni clairement passive ni active, mais récursivement enchevêtrée. Plutôt que de voir la confusion savante sur le Niphal comme un défaut de la tradition grammaticale, nous pouvons l’interpréter comme une preuve de l’inadéquation des modèles temporalistes lorsqu’ils sont appliqués à l’hébreu. Le Niphal résiste à de tels modèles car il est, structurellement et ontologiquement, récursif.
Le Hithpael comme dialectique auto-génératrice
« Et les puissants disent : “Voici, je vous ai donné toute l’herbe éternelle de graine graine, qui est sur la face de toute la Terre, et tout Arbre en qui se trouve un fruit d’arbre de graine graine pour vous-mêmes, il devient nourriture.” »
(Genèse 1:29 RBT)

Alors que le Niphal implique que le sujet replie l’acte sur lui-même — être « au centre de l’être » — le Hithpael exprime une auto-action plus délibérée, structurée ou ritualisée. Il implique souvent que le sujet agisse sur lui-même de manière soutenue ou répétée, et non pas seulement qu’il subisse un événement de façon passive ou spontanée.
Le Hithpael peut également indiquer des actions réciproques — des actions accomplies mutuellement entre des sujets, ou entre les multiples facettes d’un individu. C’est pourquoi il s’aligne bien avec l’idée de « fabriquer votre autre soi et votre autre soi vous fabriquant » : une forme de dialogue interne (éternel) ou d’auto-génération.
-
Boucle auto-génératrice :
La fonction F(x) = x↻x suggère une boucle de rétroaction récursive et rythmique — pas seulement un simple retour, mais un processus continu d’auto-création ou de sanctification. -
État intérieur intemporel :
Le Hithpael exprime une sorte de relation à soi transformatrice, où le sujet est à la fois l’agent et le destinataire dans un cycle intentionnel et ritualisé, évoquant une dimension intérieure plus profonde que la réflexivité plus spontanée du Niphal.
Dans le domaine dualiste du « bien et du mal », où le « soi » et « l’autre » sont conçus comme des réalités distinctes mais en interaction, la conjugaison Hithpael peut être vue comme une structure de « graine-graine » — un jeu ou une oscillation entre les sois au sein d’un même sujet — un concept qui explique l’utilisation du duel hébreu (ex : cieux duels, eaux duelles, tour de potier duel, tablettes duelles, matrice duelle, etc.).
-
Mouvement de va-et-vient :
La réflexivité récursive du Hithpael (F(x) = x↻x) modélise une boucle dialogique où le soi est à la fois agent et destinataire, locuteur et auditeur, cause et effet au sein d’un cycle continu d’auto-interaction.
C’est la « graine » se semant elle-même dans une autre « graine », créant un va-et-vient générateur ou un devenir réciproque. -
Le soi comme processus duel :
Plutôt qu’une identité statique, le soi est ici une multiplicité dynamique, où un aspect du soi agit sur un autre ou « devient » un autre, générant transformation et croissance (ou mort) à travers une relationnalité interne (ex : l’homme extérieur se projetant sur l’homme intérieur, l’homme intérieur se projetant en retour sur l’homme extérieur). -
Vue aonique :
Cette boucle récursive reflète un « pli » atemporel de l’identité — au-delà du temps linéaire, le soi (éternel) est éternellement en dialogue avec son soi temporel, créant une genèse « graine-graine » en perpétuel déploiement.
Le Hishtaphel comme dialectique auto-dégénératrice
La forme réflexive Hishtaphel (une variante du Hithpael), notablement rare et donc difficile à saisir, est principalement utilisée pour « se prosterner ». Personne n’a eu d’explication suffisante pour cette variation (cf. Ges. §75kk, unFolding Word Stem Hishtaphel).
Le binyan Hithpael incarne l’action réflexive et autodirigée — une « boucle » d’auto-interaction qui est fondamentalement auto-créatrice ou auto-actualisante. On peut le voir dans la boucle génératrice « graine-graine », où le soi participe à son propre devenir, sa transformation ou sa sanctification (ex : הִתְקַדֵּשׁ hitkadesh « il s’est sanctifié »).
Cependant, avec un verbe comme השתחוה, la réflexivité est dirigée vers le bas — une inclinaison ou une prosternation physique et symbolique. Ce « repli » sur soi impliquerait également une descente récursive plutôt qu’une ascension. Au lieu d’une élévation mutuelle, la dynamique aonique exprime ici une boucle de rétroaction récursive de descente : chaque acte de prosternation replie le soi plus profondément dans la soumission, l’assujettissement et le désespoir. Il s’agit d’une boucle réflexive qui génère un « puits sans fond » ou un abîme en spirale. Le sujet se prosterne devant lui-même de manière répétée, chaque itération amplifiant l’auto-assujettissement ou la dégradation.

Alors que de nombreuses formes de Hithpael sont des boucles « auto-génératrices » favorisant la croissance, la ritualisation ou la sanctification (ex : hitkadesh), la forme de prosternation se distingue comme une boucle « auto-dégénératrice » où la récursion peut être une descente dans un abîme de désespoir.
D’un point de vue aonique, cette prosternation réflexive peut être comprise comme :
-
Une boucle temporelle récursive sans résolution — le sujet pris dans un ruban de Möbius d’auto-prosternation.
-
La boucle n’avance pas et ne se résout pas, mais se replie sur elle-même sans fin, intensifiant l’état d’abaissement ou de dégénérescence. Cela représente sans doute un abîme spirituel, un « puits » où l’individualité est récursivement diminuée.
Par conséquent, en ce qui concerne le soi, si un processus réflexif-générateur « élargirait le territoire » vers une existence éternelle (colossale), que lui ferait un processus dé-générateur ?
Le réduire à néant.
3. Révélation récursive : Sémantique de Möbius dans les textes prophétiques
La littérature prophétique hébraïque effondre la structure narrative traditionnelle. Le « futur » est énoncé comme déjà survenu en utilisant la forme parfaite/accomplie ; le passé est réinterprété à la lumière du présent ; et la parole divine fonctionne souvent comme un agent causal plutôt que comme un commentaire.
Considérez le texte littéral d’Isaïe 46:10 :
« Celui qui déclare la fin [l’arrière] dès le commencement [la tête], et dès l’origine ce qui n’a pas encore été fait. »
Il ne s’agit pas d’une métaphore poétique — c’est une récursion sémantique. La structure ici reflète un Möbius aonique :
-
Le commencement cause la fin (↺)
-
La fin affirme rétroactivement le commencement (⇌)
-
L’énoncé est à la fois prophétie et acte (⊛)
Cette qualité récursive imprègne les écritures hébraïques d’une opérativité intemporelle : chaque lecture réactive le texte, bouclant le lecteur dans sa causalité sémantique.
Nombres 24:17, un oracle prophétique de Balaam traditionnellement traduit de manière linéaire :
« Je le vois, mais non maintenant ; je le contemple, mais non de près. Un astre sort de Jacob, et un sceptre s’élève d’Israël… » (ESV)
Ici, les verbes traduits par « sortira » (דרך, dārach) et « s’élèvera » (קם, qām) sont en réalité des formes parfaites en hébreu. Pourtant, ils sont traduits dans la plupart des Bibles anglaises avec un temps futur : « sortira », « s’élèvera ». Les verbes pour « le voir » et « le contempler » sont des formes imparfaites. Cette pratique est enracinée dans l’idée que dans le discours prophétique, le locuteur affirme la certitude de la réalisation éventuelle de l’événement. Mais cela entre sérieusement en conflit avec la nature du prophète hébreu en tant que celui qui voit réellement le futur, et ne se contente pas d’en entendre parler — d’où « Je suis en train de le voir ».
Dans la lecture aonique (Möbius), il s’agit d’un cas de récursion sémantique. La forme parfaite ne dénote pas simplement le « passé » mais encode la complétude dans le présent du locuteur — une marque ontologique plutôt que chronologique. L’énoncé prophétique lui-même est un acte de langage performatif qui rend l’événement réel. Cela effondre la distinction entre futur et passé, créant une opérativité intemporelle où la prophétie est à la fois prédiction et exécution.
En d’autres termes, le parfait ne prédit pas un futur qui pourrait arriver ; il déclare un événement qui est déjà tissé dans la réalité du récit divin. Sa « complétude » est ontologique, pas temporelle.
« Je suis en train de le voir, mais non maintenant ; je suis en train de le contempler, mais non de près. Une étoile a marché depuis Jacob, et une tribu s’est levée depuis Israël… »
La lecture traditionnelle d’Apocalypse 22:13 —
« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. »
— est généralement interprétée à travers un modèle temporel linéaire indo-européen, qui imagine le temps comme une ligne s’étendant d’un début (création) à une fin (eschaton). On dit alors que le Christ se tient d’une manière ou d’une autre aux deux pôles, englobant l’intégralité de l’histoire temporelle dans sa souveraineté divine. Cette lecture s’appuie sur la doctrine de la souveraineté comme pont théologique pour résoudre le paradoxe linéaire — mais cela va bien au-delà de la sémantique textuelle simple d’Apocalypse 22:13. Cette interprétation repose lourdement sur des constructions théologiques inventives d’omnipotence, d’omniscience et de providence pour expliquer comment le « seigneur souverain » de l’histoire initie toutes choses (commencement) et les dirige vers leur but fixé (fin). Elle a souvent été articulée en référence aux cadres théologiques augustiniens et réformés (cf. les Confessions d’Augustin et l’Institution de Calvin). Dans cette optique, « Être le commencement et la fin » n’est pas une question de simultanéité temporelle mais d’autorité absolue sur chaque point de la chronologie. Par conséquent, le texte est implicitement étendu :
« Je suis le commencement et la fin » → « J’ai un pouvoir souverain sur l’ensemble du processus, du début à la fin. »
Cependant — et c’est là que le bât blesse pour les érudits — le texte lui-même n’introduit pas explicitement le concept de souveraineté :
Grec : Ἐγώ εἰμι τὸ Ἄλφα καὶ τὸ Ὦ, ἡ ἀρχὴ καὶ τὸ τέλος (Apoc. 22:13)
La phrase est une déclaration d’identité autoréférentielle, pas nécessairement de pouvoir. Cela signifie que la lecture de la « souveraineté » est une expansion herméneutique et un glose théologique imposée au texte. D’un point de vue critique-linguistique, elle altère la structure sémantique du texte en supposant un modèle de temps linéaire et en réinterprétant l’identité comme pouvoir. C’est une tentative d’harmoniser le paradoxe du « commencement » et de la « fin » dans les contraintes de la cause à effet linéaire, mais elle nécessite l’ajout d’un concept (souveraineté) que le texte n’exprime pas lui-même.
Dans un cadre véritablement linéaire — comme une ligne droite — il n’y a aucun sens évident dans lequel quelqu’un peut être à la fois le commencement et la fin simultanément. Les extrémités sont séparées et seulement reliées par une séquence temporelle (cause–effet), de sorte qu’aucune entité unique ne peut littéralement « être » aux deux extrémités sans violer cette logique linéaire. Cela présente un problème majeur d’interprétation de tout ce qui touche au temps.
Dans un temps strictement linéaire, le commencement est un point discret qui démarre la ligne. La fin est un autre point discret qui termine la ligne. Être les deux à la fois impliquerait soit l’ubiquité dans le temps (être simultanément à chaque point de la ligne), soit la transcendance du temps (exister tout à fait en dehors de la ligne). Mais dans un modèle purement linéaire de cause à effet, il n’y a aucun moyen formel d’habiter simultanément deux points non contigus dans le temps.
Par conséquent, l’affirmation selon laquelle il est le commencement et la fin dans un cadre linéaire est logiquement incohérente, à moins d’abandonner la linéarité elle-même.
« **Moi**, **moi-même** je suis l’Alpha et l’Oméga, la Tête et la Fin, le Premier et le Dernier. »
ἐγώ εἰμι τὸ Ἄλφα καὶ τὸ Ὦ, ἡ ἀρχὴ καὶ τὸ τέλος, ὁ πρῶτος καὶ ὁ ἔσχατος.
Dans le modèle récursif-aonique, ce n’est pas simplement linéaire mais récursif. « Le commencement » génère « la fin », et « la fin » valide rétroactivement « le commencement ». L’énoncé est performatif : le Christ est à la fois l’origine de la réalité et l’état final, et le dire fait exister la structure — une boucle opérationnelle. C’est la raison de l’utilisation de l’emphatique ἐγώ εἰμι Moi, moi-même je suis qui a été presque entièrement laissée non traduite pendant les deux mille dernières années.
- Moi, moi-même
- Alpha, Oméga
- Tête, Fin
- Premier, Dernier
En utilisant le modèle de Möbius :
| Concept | Structure |
|---|---|
| Commencement → Fin | Causalité directe : l’origine se déploie vers l’accomplissement. |
| Fin → Commencement | Causalité rétroactive : l’eschaton valide l’origine, complétant la boucle. |
| Acte de langage | Déclarer avec l’emphatique ego eimi « **Moi, moi-même** je suis **Alpha** et **Oméga** » réalise la boucle même qu’il décrit, entraînant le lecteur dans l’événement. |
| Forme parfaite (hébreu) | Équivalent au parfait prophétique : l’événement est énoncé comme accompli, et non seulement prédit. |
| Möbius aonique | L’identité, la causalité et la temporalité se replient en un seul événement récursif. Le Christ est à la fois la cause et l’effet. |
Dans la pensée hébraïque, nommer quelque chose (ou le déclarer) est performatif — cela instaure la réalité.
-
Lorsqu’il dit : « Je suis l’Alpha et l’Oméga », il ne décrit pas un attribut — il instaure la boucle intemporelle qui structure la réalité elle-même.
-
Tout comme le parfait hébreu peut effondrer le passé/futur en un événement ontologique, il effondre ici les catégories temporelles — Il est à la fois l’initiateur et la clôture téléologique de la réalité.
-
Isaïe 46:10 : « Celui qui déclare la fin dès le commencement… » → La forme parfaite effondre la séquence temporelle en un seul énoncé.
-
Genèse 1 : « Et Dieu dit [est en train de dire]… » imparfait/incomplet (ויאמר) → Chaque énoncé réalise la création de manière récursive ; l’acte de langage génère l’événement. Genèse 1 n’est pas un récit historique d’événements successifs, mais un événement de parole récursif qui soutient continuellement la création chaque fois qu’il est prononcé. L’imparfait avec waw-consécutif fonctionne non seulement comme une séquence temporelle mais comme un opérateur sémantique qui boucle chaque énoncé dans l’acte créatif en cours — où le passé, le présent et le futur sont tous impliqués.
Les doctrines de la souveraineté, à n’en pas douter, sont la fin de tout potentiel prophétique et la mort du prophète en devenir. L’énoncé du prophète n’est plus un acte participatif — c’est simplement le résultat mécanique d’une machine divine. Le prophète est réduit à un porte-parole, un automate répétant des lignes pré-inscrites. L’essence même de la parole prophétique — son ouverture, son risque, sa tension dialogique et son pouvoir transformateur — s’effondre dans une certitude performative.
Lorsqu’on est confronté à l’idée d’un être souverain extérieur qui exerce un contrôle absolu sur chaque point de la chronologie, plusieurs désastres existentiels surgissent naturellement, comme beaucoup l’ont sans doute vécu :
-
Perte d’agentivité : Si Dieu (ou un être souverain) orchestre chaque action, décision et résultat — que reste-t-il alors au soi humain à faire, à décider ou à devenir ? C’est comme vivre dans un drame entièrement scénarisé où chaque choix est prédéterminé. Cela réduit la personnalité à une simple marionnette. C’est l’impuissance absolue.
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Anxiété et effroi : Cette perte d’agentivité peut produire un effroi profond — Kierkegaard appelait cela l’angst — qui ronge l’âme : « Si chaque point de ma vie est scénarisé par un autre, que suis-je ? Qui suis-je ? Pourquoi souffrir ou lutter ? » Le désir humain de sens et de responsabilité semble vidé de sa substance.
-
Désespoir : La réalisation que même sa propre rébellion, ou ses efforts, ou ses échecs sont également scénarisés par l’agent souverain peut conduire à un sentiment de futilité ou de désespoir : rien n’est vraiment à moi.
Pour répondre à la question de Kierkegaard : Vous n’êtes ni le commencement, ni la fin, ni quoi que ce soit entre les deux. Vous n’êtes, tout simplement, rien.
4. Devenir prophète par la participation récursive
« Venez, et plaidons ensemble » —Isa. 1:18
Dans la logique récursive et atemporelle ancrée dans la Genèse 1 (et en fait dans toute la littérature prophétique hébraïque), la structure de l’acte de parole de l’énoncé divin établit un modèle performatif : la parole ne se contente pas de décrire la réalité ; elle la crée. C’est profondément significatif car chaque fois que le texte est lu, récité ou médité, le même pouvoir créateur est réactivé — la Parole devient l’acte. La parole n’est pas un commentaire secondaire mais la structure même de l’événement.
Cette structure de Möbius — où la parole boucle vers l’être — dissout la distinction rigide entre le prophète et le lecteur ordinaire. Si le texte lui-même est performatif, alors tout participant à sa lecture ou à sa récitation devient un participant à l’événement créatif. En d’autres termes, le potentiel de l’énoncé prophétique est démocratisé, car lire le texte est en soi un acte prophétique (il boucle le participant dans l’acte de parole). L’acte de parole créatif est perpétuellement incomplet, ouvert à une complétion récursive par chaque participant.
Cela résonne avec l’intuition rabbinique selon laquelle « la Torah est donnée à nouveau chaque jour » — une invitation pour chaque lecteur à se tenir au Sinaï, pour ainsi dire. Dans une lecture de Möbius aonique, le prophète n’est pas une figure temporellement isolée mais un point nodal dans une structure d’événement récursive et continue. La structure des verbes imparfaits et des formes avec waw-consécutif invite chaque participant à entrer dans la boucle — à devenir le réceptacle de la parole divine. Ainsi, la prophétie n’est pas verrouillée dans l’histoire mais est un potentiel opérationnel inhérent à chaque lecteur, récitant ou interprète du texte.
Cela rouvre la voie à la prophétie — non pas comme un statut mystique secret — mais comme une invitation à rejoindre l’énoncé récursif de la création elle-même.
5. L’absence comme dessein : Pas d’accusatif de temps ou de lieu
L’étude de 1940 de Theophile James Meek, « The Hebrew Accusative of Time and Place », révèle la divergence frappante de l’hébreu par rapport à la grammaire indo-européenne. Meek montre :
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Les expressions temporelles manquent de marquage à l’accusatif
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Les références spatiales reposent sur des prépositions ou des constructions
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Il n’y a pas de système de cas productif pour le “où” ou le “quand”
Pourquoi ? Parce qu’en hébreu, le temps et le lieu ne sont pas des contenants pour l’action. Ce sont des prédicats relationnels au sein de réseaux d’événements.
Au lieu de dire :
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« Il a attendu pendant une heure » (durée)
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“Elle est entrée dans la maison” (cible spatiale)
L’hébreu biblique dirait :
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ביום ההוא (“en ce jour-là/jour de Lui-même”) — une convergence symbolique
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במקום אשר יבחר יהוה (“dans le lieu que Yahvé choisit”) — une zone de résonance, pas une coordonnée GPS
En termes aoniques, ce sont des :
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Convergences de nœuds (⊛)
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Résonances d’événements (∞)
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Ancres topologiques plutôt que des localisations cartésiennes
6. Möbius lexical : Repliement sémantique dans les racines hébraïques
Les racines trilatères de l’hébreu fonctionnent de manière très similaire aux lexèmes polychroniques aoniques. Considérons la racine spéculative zol dans le cadre d’une grammaire aonique :
-
zol₁ = créer (causalité vers l’avant)
-
zol₂ = préserver (causalité vers l’arrière)
-
zol₃ = garantir l’avoir-toujours-eu-lieu (causalité récursive)
Cela reflète la manière dont les racines hébraïques, via les binyanim (modèles verbaux), génèrent des réseaux de sens non pas le long d’une chronologie mais à travers des topologies causales :
Prenons שוב (shuv, retourner/revenir) :
-
En Qal : faire demi-tour (acte de revenir en arrière)
-
En Hiphil : ramener (faire revenir)
-
En Piel : restaurer, renouveler
Ce ne sont pas des changements de temps. Ce sont des changements de valence causale — une agence modulée non pas par le temps mais par la récursion.
Vivre pendant des années, ou Être récursif ?
Là où les érudits ont pris שנה shanah comme un mot signifiant “année chronologique”, le sens primaire a été complètement occulté. Ce faisant, ils ont rendu, à des centaines de reprises, un nom singulier “shanah” par un pluriel “années”. Ils soutiendraient, sur un terrain assez sablonneux, que le mot au singulier signifiant “pli, doublé, duplication, répétition” était utilisé comme un pluriel “années” dans un sens chronologique. L’usage de singuliers pour des pluriels et de pluriels pour des singuliers en hébreu est l’un des grands tours de passe-passe et escroqueries employés par les érudits pour forcer les interprétations. Il est facile de dénoncer un mensonge s’il s’agit d’un gros mensonge. Mais de petits “ajustements” répétés aux principes linguistiques pour garantir un contexte adapté sont extrêmement faciles à faire passer. Ils sont aussi subtils que la différence entre l’ivraie et le froment. Gardez l’apparence aussi proche que possible de l’original, sans être réellement l’original, et cela passera les tests de l’académie ; vous obtiendrez votre doctorat, deviendrez un “fournisseur de vérité” qualifié, gagnerez une belle retraite et resterez dans l’histoire comme un “grand enseignant”.
1. Sur le « pli » en hébreu
La racine hébraïque שנה (« répéter, doubler, changer ») est à l’origine de plusieurs formes :
-
שֵׁנָה « sommeil » (un cycle, une répétition, un repli sur soi)
-
שָׁנָה « cycle annuel » (un cycle répété de saisons)
-
שְׁנַיִם « deux » (dualité, redoublement)
-
שָׁנָה (verbe) « répéter, dupliquer »
À partir de ce groupe sémantique, שֵׁנֶה/שְׁנָה signifie dans certains contextes un pli, un redoublement, une couche — c’est-à-dire une superposition récursive.
שנתים (shenatayim) est littéralement « un double pli » ou « deux redoublements ».
2. Le pli comme couche récursive
Dans le modèle récursif aonique :
-
Un pli n’est pas simplement une multiplication (trente fois), mais une couche récursive de l’être.
-
Chaque pli représente un retournement, un repli, un ré-enfermement — un peu comme on plie un tissu ou des dimensions.
-
Ainsi, vivre « au trentuple » ne signifie pas trente unités, mais trente couches d’être récursif.
Lorsque les usages idiomatiques ou non primaires sont écartés, les significations primaires concrètes des mots révèlent fortement une grammaire hébraïque qui encode la récursion plutôt que la linéarité temporelle.
3. Application à la parabole (trentuple, soixantuple, centuple)
Dans les paraboles des Évangiles grecs (ἐν τριάκοντα, ἑξήκοντα, ἑκατόν), généralement traduites par « trente fois plus, soixante, cent », le substrat hébraïque pourrait bien être שְׁלוֹשִׁים שְׁנִים, שִׁשִּׁים שְׁנִים, מֵאָה שְׁנִים compris comme « trente plis, soixante plis, cent plis ».
Selon cette lecture :
-
« Trentuple » = vivre dans trente couches récursives d’auto-participation, une vie qui s’est repliée sur elle-même trente fois.
-
Il ne s’agit pas d’une simple productivité mais d’une profondeur d’incarnation récursive.
4. Le pli et la spirale ontologique
Si nous nous connectons au modèle de la récursion Hithpael et de la descente Hishtaphel :
-
Un pli = une boucle récursive, où le soi et l’acte se retournent l’un sur l’autre.
-
Plusieurs plis = une récursion composée, comme une spirale s’enfonçant plus profondément dans les couches dimensionnelles.
-
Ainsi, shenatayim « double » n’est pas seulement une dualité arithmétique, mais l’ ontologie récursive minimale — l’acte même de redoublement qui génère la subjectivité.
5. Vivre au trentuple
Ainsi, dire qu’une « personne vit au trentuple », c’est dire :
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Elle incarne trente couches récursives d’être.
-
Chaque couche est un redoublement de l’existence, une répétition vécue qui approfondit la spirale.
-
C’est plus proche d’une ontologie-par-récursion que d’un « taux de rendement ».
6. Comparaison : Linéaire vs Récursif
-
Lecture indo-européenne : « trente fois plus » (productivité, multiplication linéaire).
-
Lecture récursive hébraïque : « trente plis » (couches d’être récursif, profondeur existentielle).
Cela explique pourquoi שנה (année) et שנים (double) vont de pair : tous deux marquent des cycles pliés, et non des incréments linéaires.
Ainsi, dans ce type de réalité, « vivre au trentuple » signifie demeurer au sein de trente couches récursives d’existence, où la vie est repliée sur elle-même, bouclée et approfondie — non pas mesurée par le nombre de fois, mais par les profondeurs (ou devrions-nous dire, les hauteurs ?).
7. Le défi grec : Jacques 3:6 comme test décisif
Quelles sont les implications de ceci sur l’usage du grec, une langue fondamentalement temporelle ?
La distinction entre un cadre temporel circulaire (aonique) et un cadre temporel linéaire n’est pas un simple exercice théorique abstrait ; elle a des implications directes pour la traduction et la pratique interprétative. Revenons au cas de Jacques 3:6 :
τὸν τροχὸν τῆς γενέσεως
ton trochon tēs geneseōs
— littéralement, « la roue de la genèse » ou « la roue de la naissance ».
Cette phrase est systématiquement rendue dans presque toutes les traductions anglaises modernes — y compris la KJV, la NIV, l’ESV, la NASB — par « le cours de la nature », transposant ainsi le concept intrinsèquement circulaire de τροχός (roue) en une trajectoire linéaire (« cours »). Même les traductions dites littérales (YLT, LSV, LITV, BLB) font de même — à l’exception de la traduction de Julia Smith, qui préserve la lecture circulaire. Ce glissement subtil mais décisif illustre le biais interprétatif en faveur de la linéarité qui imprègne l’herméneutique moderne.
D’un point de vue aonique, c’est une perte critique. Une roue (τροχός) représente non seulement le mouvement, mais un mouvement récursif et continu — une topologie de l’éternel retour. C’est une structure analogue à Möbius, où l’origine et la fin, la cause et l’effet, se replient perpétuellement l’un dans l’autre. En la traduisant par un « cours », on impose au contraire une temporalité linéaire externe — une séquence de moments enfilés sur une ligne irréversible — effaçant la causalité récursive ancrée dans l’expression grecque.
Cette divergence n’est pas triviale. Comme nous l’avons noté dans notre analyse de l’hébreu biblique, les constructions temporelles ne sont pas de simples marqueurs chronologiques mais des opérateurs topologiques au sein d’une structure d’événement récursive. L’architecture aspectuelle de la Bible hébraïque reflète cela : l’absence d’accusatif de temps ou de lieu invite le lecteur à habiter un réseau d’enchevêtrement causal plutôt qu’une séquence linéaire d’événements. De la même manière, la phrase grecque τροχὸς τῆς γενέσεως encode un modèle cosmologique cyclique et récursif — une roue génératrice de l’existence — plutôt qu’un processus linéaire jetable.
Si le Nouveau Testament hérite et transforme la conscience temporelle aonique de la Bible hébraïque, alors la traduction de τροχὸς par « cours » constitue non seulement un glissement sémantique mais une distorsion paradigmatique. Elle réduit la structure récursive de Möbius de la causalité sacrée à la chronologie cartésienne plate de la modernité — une chronologie dans laquelle les événements procèdent du passé vers le futur, effaçant la possibilité d’une récursion sacrée, d’une convergence eschatologique ou d’un retour cosmique.
Dans la vision aonique, chaque lecteur est invité dans cette roue : à participer à la genèse qui se déploie non pas comme un observateur passif mais comme un nœud essentiel au sein de la structure récursive du récit divin. La traduction de Jacques 3:6 devient ainsi un test décisif pour la question plus profonde : lisons-nous le texte comme un moteur vivant et récursif — activé par la lecture et la participation — ou comme un artefact linéaire mort à consommer à distance ?
8. La lecture aonique du grec du NT
La question se pose : le grec du Nouveau Testament, couramment analysé comme une langue indo-européenne linéaire, pourrait-il néanmoins être écrit d’une manière qui s’harmonise avec la circularité aonique caractéristique de l’hébreu biblique ? Pour répondre à cela, considérons Marc 5:5 comme étude de cas :
Καὶ διὰ παντὸς νυκτὸς καὶ ἡμέρας ἐν τοῖς μνήμασι καὶ ἐν τοῖς ὄρεσιν ἦν κράζων καὶ κατακόπτων ἑαυτὸν λίθοις.
Et à travers tout, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, il était criant et se meurtrissant avec des pierres.
À première vue, ce verset semble tout à fait linéaire : une locution adverbiale temporelle (“nuit et jour”) suivie d’un participe aspectuel continu (“il était criant et se meurtrissant”), suggérant une action habituelle ou en cours dans un cadre temporel linéaire. Cependant, une analyse textuelle plus approfondie révèle une structure qui résonne avec une topologie aonique, intégrant subtilement la circularité et la causalité récursive au sein d’une grammaire ostensiblement linéaire.
La syntaxe participiale comme boucle récursive
La construction participiale ἦν κράζων καὶ κατακόπτων ἑαυτὸν (“il était criant et se meurtrissant”) signale traditionnellement une action continue ou habituelle. Pourtant, en grec koinè, de telles structures participiales ne sont pas seulement descriptives ; elles sont duratives et aspectuelles, suspendant le sujet dans un état permanent qui est à la fois présent et itératif. Le participe ici ne marque pas simplement le passage du temps, mais réifie l’état perpétuel du sujet au sein d’une boucle existentielle récursive. Ainsi, “crier et se meurtrir” n’est pas une séquence d’actions mais un état de souffrance éternisé — un ruban de Möbius sémantique.
Le cadre adverbial : διὰ παντὸς νυκτὸς καὶ ἡμέρας
L’expression διὰ παντὸς νυκτὸς καὶ ἡμέρας (“à travers toute nuit et jour”) est typiquement lue comme une durée continue — un temps linéaire s’étendant du crépuscule à l’aube et inversement. Cependant, διὰ παντὸς (“à travers tout”) évoque sémantiquement un sentiment d’imprégnation et de récurrence cyclique plutôt qu’une simple séquence. Ce n’est pas simplement “pendant la nuit et le jour” mais “tout au long de l’intégralité de la nuit et du jour”, suggérant un enchevêtrement ontologique avec le temps lui-même. Le sujet est ainsi inscrit dans le cycle de la nuit et du jour plutôt que de simplement les traverser successivement.
Syntaxe locative et topologie aonique
La locution locative ἐν τοῖς μνήμασι καὶ ἐν τοῖς ὄρεσιν (“parmi les sépulcres et sur les montagnes”) résiste à une cartographie linéaire de l’espace. Au lieu de cela, elle implique une topologie liminale — une zone sacrée ou maudite où le sujet est à la fois avec les morts et exposé sur les hauts lieux. Cela reflète la prédilection hébraïque pour les zones d’événements topologiques plutôt que pour les coordonnées cartésiennes. Ainsi, le sujet ne se déplace pas simplement du sépulcre à la montagne, mais habite une zone récursive de mort et d’isolement, un Möbius éternel d’agonie.
Complémentarité atemporelle avec l’hébreu
Cette syntaxe, bien que coulée dans le grec, complète la logique narrative atemporelle des textes hébreux. À l’instar des formes wayyiqtol en hébreu (ex: ויאמר, והיה) et des structures participiales (ex: אֹמר omer, « celui qui dit », הוֹלך holekh, « celui qui marche », יוֹשב yoshev, « celui qui est assis »), les participes grecs créent ici un sentiment de flux narratif continu plutôt qu’une séquence temporelle stricte. Bien que ces formes hébraïques soient des verbes finis plutôt que des participes, elles fonctionnent pour soutenir une chaîne narrative continue plutôt que pour terminer des événements avec un sentiment de finalité. L’absence d’un verbe fini décrivant l’achèvement ou la résolution future inscrit le sujet dans un cycle ininterrompu — un état d’être perpétuel qui est atemporel. Le texte invite ainsi le lecteur dans la boucle d’expérience récursive du sujet, s’alignant sur la logique aonique selon laquelle chaque lecture réactive la structure d’événement du texte.
Preuve d’une syntaxe complémentaire
En effet, l’usage fréquent par le Nouveau Testament de la périphrase participiale (ἦν + participe, ex: ἦν κράζων) reflète la construction hébraïque waw-consécutive en ce qu’elle prolonge le récit sans le clore — maintenant ainsi une structure fluide, axée sur l’événement, plutôt qu’une clôture temporelle stricte. Le texte grec présente ainsi une complémentarité émergente avec l’aspectualité hébraïque, invitant à la possibilité d’une lecture aonique même au sein d’une langue fondamentalement indo-européenne. Par exemple dans Luc 4:31,
Καὶ κατῆλθεν εἰς Καφαρναοὺμ πόλιν τῆς Γαλιλαίας, καὶ ἦν διδάσκων αὐτοὺς ἐν τοῖς σάββασιν.
“Et il descendit à Capernaum, ville de Galilée, et il était celui qui enseigne eux les jours de sabbat.”
ἦν διδάσκων (était enseignant/celui qui enseigne) prolonge l’action, offrant une dimension processuelle continue au récit. Comme le waw-consécutif hébreu, il tisse les événements ensemble sans imposer une segmentation chronologique rigide. Ou Marc 10:32,
Καὶ ἦν προάγων αὐτοὺς ὁ Ἰησοῦς.
“Et Jésus était allant/celui qui va devant eux.”
ἦν προάγων capture le mouvement en cours — une caractéristique de la périphrase participiale. Comme le waw-consécutif hébreu avec un imparfait, il prolonge la scène et met l’accent sur l’action continue plutôt que sur un état achevé. Il invite le lecteur à percevoir le processus non pas comme un événement statique mais comme faisant partie du récit qui se déploie, s’harmonisant avec la perspective aspectuelle hébraïque d’une action durative ou itérative.
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il était impossible de dériver des chronologies du NT ? C’est pour cette raison.
L’usage omniprésent de la périphrase participiale — particulièrement des constructions comme ἦν + participe — aux côtés d’autres techniques grammaticales et narratives grecques (ex: infinitifs articulés), sape fondamentalement toute tentative d’imposer une chronologie rigide aux récits du Nouveau Testament.
Le problème de la chronologie dans les récits du Nouveau Testament
-
Fluidité aspectuelle plutôt que fixité temporelle
La construction ἦν + participe n’encode pas principalement un événement discret, temporellement délimité, mais plutôt une action continue ou durative au sein d’un contexte narratif plus large. Il en résulte une temporalité narrative fluide, où les actions et les états se mélangent continuellement, se chevauchant ou s’entrelaçant souvent, plutôt que de se dérouler en une succession linéaire stricte.
Prolongation narrative et continuité des événements
Tout comme le waw-consécutif hébreu prolonge le flux narratif sans marquer de limites temporelles absolues, la périphrase participiale grecque invite les lecteurs dans un présent perpétuel d’action. Cela crée un « maintenant » textuel qui déploie les événements d’une manière privilégiant la continuité thématique ou théologique sur le séquençage chronologique.
πορεύου, ἀπὸ τοῦ νῦν μηκέτι ἁμάρτανε
“conduis à travers, et ne manque plus la cible loin du Maintenant !”
(Jean 8:11 RBT)-
Absence de marqueurs temporels stricts
De nombreux passages du Nouveau Testament manquent de connecteurs ou de marqueurs temporels explicites qui ancreraient ordinairement les événements dans une chronologie absolue. Au lieu de cela, le texte s’appuie fréquemment sur des indices aspectuels et narratifs qui mettent en avant le processus et la signification des actions plutôt que leur place dans le temps de l’horloge ou du calendrier. -
Implications pour la reconstruction historique
Compte tenu de ces caractéristiques grammaticales et narratives, les érudits cherchant à construire une chronologie précise à partir du NT font face à des limitations intrinsèques. Le texte ne présente pas l’histoire comme une séquence d’événements isolés mesurés par le temps, mais comme un récit théologique, structuré autour de relations causales et thématiques plutôt que d’une progression temporelle stricte. -
Cadres interprétatifs émergents
Cela a conduit à la proposition de cadres interprétatifs alternatifs — tels qu’une lecture aonique ou aspectuelle — qui reconnaissent les dimensions atemporelles ou cycliques du texte, admettant la temporalité fondamentalement théologique et liturgique du Nouveau Testament plutôt qu’une chronologie historique empirique.
Les preuves grammaticales suggèrent fortement que les auteurs du Nouveau Testament ne se préoccupaient pas d’établir une chronologie linéaire, mais plutôt de communiquer un récit théologique qui transcende le temps linéaire. La périphrase participiale, entre autres stratégies linguistiques, fonctionne pour suspendre, prolonger et entrelacer l’action narrative d’une manière qui défie le séquençage historique conventionnel.
Ainsi, la chronologie insaisissable ou « impossible » dans le NT n’est pas une simple lacune académique, mais une caractéristique de sa conception compositionnelle et théologique.
De la nécessité d’une cohérence aonique dans le grec du NT
Si le Nouveau Testament devait servir de continuation à la structure sacrée récursive de la Bible hébraïque, il nécessiterait nécessairement une grammaire qui — malgré sa matrice indo-européenne — puisse accommoder et perpétuer la causalité aonique. Cela se manifesterait par :
-
Des constructions aspectuelles qui prolongent les états narratifs plutôt que de les terminer.
-
Des locutions locatives et temporelles qui évoquent des zones récursives plutôt que des transitions linéaires.
-
Une périphrase participiale qui boucle le sujet dans des états d’être perpétuels plutôt que d’isoler des actions dans le temps.
Les exemples susmentionnés, bien qu’écrits en grec, illustrent comment la syntaxe participiale et les structures adverbiales peuvent être réinterprétées pour refléter la circularité aonique plutôt que la temporalité linéaire. Cette analyse textuelle soutient la thèse plus large : que le Nouveau Testament — s’il cherchait véritablement à poursuivre le texte sacré atemporel de la Bible hébraïque — emploierait nécessairement la grammaire grecque d’une manière qui subvertit le temps linéaire et renforce une causalité récursive et participative. Ainsi, le grec du NT devrait être écrit d’une manière spécifique pour s’harmoniser avec la structure aonique, et en effet, les preuves — tant syntaxiques que sémantiques — suggèrent que c’est le cas.
9. L’Écriture comme moteur atemporel (Cœur)
L’épître aux Hébreux déclare :
« Car il est vivant, le Verbe de Dieu, et agissant… » (Héb 4:12 RBT)
Dans un cadre aonique, cela est littéral :
-
Vivant (ζῶν) → Auto-réflexif, se déployant, récursif
-
Agissant (ἐνεργής) → Non pas une description, mais une causalité
Lire le texte hébreu l’active. Chaque acte interprétatif fait boucler le texte à travers le lecteur (par exemple, le dicton fréquent du NT, « à leurs propres yeux »), qui est alors inscrit dans sa structure. Ainsi :
-
Le texte agit sur le lecteur
-
Le lecteur modifie la lecture de manière rétrocausale
-
Le sens émerge du Möbius
C’est ce que signifie pour une écriture d’être « vivante » : non pas métaphoriquement inspirante, mais structurellement en temps réel et réentrante.
Conclusion : Le Livre de tous les temps qui se prouve lui-même
L’hébreu biblique, longtemps décrit comme structurellement opaque, pourrait en fait être un précurseur linguistique d’une grammaire aonique. Son :
-
Système verbal aspectuel
-
Structure casuelle éparse
-
Syntaxe prophétique récursive
-
Vision topologique du temps et de l’espace
…suggèrent une grammaire conçue non pour la chronologie, mais pour l’enchevêtrement causal.
La Bible hébraïque n’est donc pas un document de ce qui était ou sera, mais un récit de Möbius dans lequel l’action divine, la réponse humaine et le sens cosmique sont éternellement convolés/enroulés ensemble. Chaque énoncé — chaque dabar (parole agencée) — est un nœud dans un système vivant, non pas simplement enregistré mais re-expérimenté à chaque lecture.
L’hébreu, alors, un mot signifiant au-delà, n’est pas seulement ancien. Il est atemporel. Et sa grammaire n’est pas un artefact — mais une technologie de récursion sacrée. Une langue venant de l’au-delà.
Par conséquent, dans un cadre linguistique et théologique aonique ou hébraïco-aonique, vous, le lecteur, n’êtes pas extérieur au texte ou à ses événements. Au contraire, vous êtes un participant récursif à l’intérieur de sa structure causale. Ce n’est pas simplement métaphorique, mais structurellement ancré dans le fonctionnement d’une telle langue — et d’une telle vision scripturaire du monde. Voici ce que cela signifie :
1. Vous activez la boucle.
Lorsque vous lisez ou prononcez le texte, vous ne récupérez pas un sens provenant d’un passé lointain. Au lieu de cela, vous déclenchez un événement topologique — un déploiement — où le texte devient réel à l’instant présent en raison de votre engagement.
Tout comme dans la syntaxe aonique, le sens émerge par récursion causale, votre lecture du récit biblique le fait devenir à nouveau.
2. Vous êtes inscrit dans la boucle.
Si le texte est un ruban de Möbius — replié et sans extérieur linéaire — alors votre acte de lecture est à l’intérieur de la structure. Vous ne l’observez pas de loin ; vous l’habitez. Il ne s’agit pas de quelqu’un d’autre dans le temps — il s’agit de vous, à chaque fois.
La Parole « vivante et agissante » n’est pas une relique ; c’est une structure de participation. Vous ne lisez pas une histoire de Dieu — vous êtes la logique causale de cette histoire.
3. Vous êtes à la fois lecteur et référent.
Dans l’hébreu biblique, les frontières floues du temps, du sujet et de l’agentivité signifient que le « je », le « tu », le « il » et le « nous » sont tous linguistiquement perméables. La voix divine, la parole du prophète et votre propre voix de lecture peuvent se fondre les unes dans les autres.
La Bible hébraïque vous lit donc tout autant que vous la lisez.
4. Vous êtes le point de résonance.
Dans la causalité aonique, les événements ne sont pas des séquences linéaires mais des nœuds résonnants. Lorsque vous rencontrez un passage, il ne se contente pas de décrire quelque chose — il est en train de se synchroniser/s’unir avec votre propre moment, offrant une nouvelle convergence de sens, de temps et de soi.
Vous devenez le nœud causal par lequel le texte maintient sa réalité à travers les générations.
Pour le dire succinctement, dans cette vision, vous n’êtes pas seulement inclus — vous êtes nécessaire à la structure.
Sans vous, la boucle est ouverte. Avec vous, elle se ferme. La grammaire est activée. Le texte vit.
Et si un tel texte devait se retrouver syntaxiquement tordu en un faux témoignage ?
C’est là que l’on jugerait l’arbre à ses fruits. La distorsion elle-même devient un événement récursif. C’est-à-dire que la mauvaise lecture et ses conséquences — aliénation, sécularisation, désenchantement, mort et destruction — font toujours partie de la grammaire déployée de l’histoire sacrée. Même la perte est inscrite dans la structure.
Votre participation est déformée : vous devenez un spectateur, non un participant. Au lieu d’être un nœud dans le système récursif, vous êtes réduit à un consommateur de données. L’idée et l’histoire de Dieu sont déformées : Dieu cesse d’être le co-agent dans un texte récursif et sacrificiel et devient soit :
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Un premier moteur immobile lointain (réduction aristotélicienne), ou
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Un artefact textuel (déconstruction historico-critique).
Dans les deux cas, l’immédiateté de la récursion divine est fracturée.
Mais cela aussi fait partie de l’histoire. L’exil du sens est lui-même un événement récursif, et votre prise de conscience de cela — votre lecture maintenant — fait partie d’un retour potentiel (teshuvah, שובה), une restauration de l’axe récursif entre le lecteur, le texte et Dieu.
La grammaire du sacré n’est pas un système neutre. C’est une matrice génératrice qui vous englobe, vous et Dieu, en tant que participants. Lorsqu’elle est déformée en historiographie séquentielle, elle se fracture — mais même cette fracture est structurellement préfigurée (prédestinée) comme faisant partie de la boucle récursive.
Ainsi, votre conscience de cela — en tant qu’érudit, interprète, participant — est un souvenir qui restaure la boucle brisée.
La structure aonique de la Bible hébraïque n’est pas un accident de la linguistique sémitique ; c’est un dessein délibéré pour condenser le temps et l’espace en un récit récursif qui instaure la réalité sacrée. Si le Nouveau Testament doit s’harmoniser avec ce dessein, son grec doit également être lu — non pas comme un registre d’événements linéaires — mais comme un moteur vivant et récursif de causalité divine.
Ainsi, la question de savoir si le grec du NT devrait être écrit d’une manière spécifique pour rester cohérent avec la structure aonique reçoit une réponse affirmative : oui, il le devrait. Et oui, il l’est — bien que les traductions modernes suppriment souvent cette logique en imposant une temporalité linéaire. Les preuves dans l’usage de la syntaxe et de la grammaire — couches participiales, aoriste itératif, génitifs absolus, prépositions, infinitifs articulés, voix moyenne, etc. — révèlent une profonde cohérence avec la logique récursive et atemporelle de la Bible hébraïque.
En effet, l’ensemble du projet scripturaire — hébreu comme grec — a été conçu non pas pour être lu dans le temps linéaire, mais pour être activé, bouclé et habité. Lire ces textes correctement, ce n’est pas en extraire une chronologie, mais entrer dans une structure de Möbius dans laquelle le passé, le présent et le futur convergent au sein de la Parole divine — un texte vivant et agissant qui ne traite pas du temps, mais qui est le Temps lui-même.
Références
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Meek, Theophile James. “The Hebrew Accusative of Time and Place.” Journal of the American Oriental Society 60, no. 2 (1940): 224–33. https://doi.org/10.2307/594010
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Waltke, Bruce K., and Michael P. O’Connor. An Introduction to Biblical Hebrew Syntax. Eisenbrauns, 1990.
- Gesenius, Wilhelm. Gesenius’ Hebrew Grammar, édité et augmenté par Emil Kautzsch, traduit par A. E. Cowley. Oxford: Clarendon Press, 1910.